GazetteINFO: Les sourds épaulés en Bourgogne

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Une secrétaire communique et aide les malentendants via Internet (photo DR)

Créé en octobre 2011 à Dijon, le Réseau sourds et santé Bourgogne (RSSB) a pour but d’aider les sourds profonds à accéder aux soins médicaux et de simplifier cette procédure. Le docteur Milesi nous explique le rôle de RSSB.

Propos recueillis par Darya Bachevskaya.

GazetteINFO.fr : Comment fonctionne le réseau sourds et santé Bourgogne (RSSB) ?

Frédéric MILESI (créateur de RSSB et médecin généraliste) : Les sourds ont beaucoup de difficultés pour prendre les rendez-vous chez le médecin. Ils ne peuvent pas téléphoner et c’est difficile pour eux d’expliquer leurs problèmes. Donc, l’idée de RSSB est de créer un site Internet sur lequel ils peuvent se rendre pour prendre rendez-vous chez leur médecin traitant. Sur le site, on entre en communication visuelle avec la secrétaire du réseau pour demander rendez-vous. Le site fonctionne avec plusieurs systèmes : Skype, MSN et Oovoo. Ainsi on peut les contacter de différentes façons et surtout gratuitement.

A qui s’adresse le RSSB ?

Le réseau s’adresse à tous les sourds de la région. Depuis l’ouverture, on a eu 370 appels. En Bourgogne, il y a environ 3000 sourds profonds, qui n’entendent rien, et 7000 sourds sévères qui entendent des bruits violents, mais ne peuvent pas participer à une conversation. Donc cela représente 10 000 personnes. En plus, on s’adresse à l’entourage de ces gens, par exemple les parents des enfants sourds. Donc cela élargie le nombre des personnes concernées par le réseau.

Ainsi le réseau s’occupe seulement du domaine médical. Mais les sourds rencontrent des difficultés partout. Pensez-vous développer le réseau pour aider les malentendants dans d’autres domaines ?

D’autres organisations existent pour les sourds. Bien sûr, l’école des langues des signes, qui nous a beaucoup aidés. En fait, on a demandé l’avis de nombreuses associations pour les sourds, pour être plus efficace et mieux connaître leur besoins. C’est vrai, pour les sourds, c’est compliqué partout. Ce qu’il faut savoir, c’est que notre réseau est soutenu par l’association « Tes signes mes compétences ». Elle accueille des professionels de tous les domaines et met en place des projets pour aider les sourds. Par exemple, elle prépare un projet pour adapter le code de la route. Nous aussi, on peut réfléchir sur des projets multiples. Tout est possible, c’est juste un problème de financement.

Justement, comment financez-vous ce projet ?

Ce sont les subventions d’Etat qui permettent en partie de financer le projet. Notre partenaire principal est l’agence régionale de la santé (ARS).

D’où est venue l’idée de créer un tel réseau ?

En fait, j’ai commencé à consulter en langue des signes à partir de 2005. J’ai reçu les sourds et j’ai constaté que chaque année, ils sont de plus en plus nombreux. Mais je me suis aussi rendu compte de toutes les difficultés d’accès aux soins que le sourd rencontrait et qu’il ne suffisait pas de me voir pour que tous les problèmes soient réglés. Pour aller chez le radiologue ou suivre une grossesse, il fallait prendre des rendez-vous et les accompagner. Je ne pouvais pas tout faire. J’avais deux choix : ou les laisser tomber ou essayer de les aider. Mais pour cela, il fallait absolument que je m’entoure des personnes qui connaissent la langue des signes et puissent accompagner les sourds dans leur démarches médicales.

Le fait que les sourds aient du mal à effectuer les démarches quotidiennes prouve-t-il qu’ils ne  sont pas intégrés à la société ?

Les handicapés, les sourds, comme les autres, connaissent un problème d’accessibilité à la société. Les sourds ne peuvent malheureusement pas s’intégrer correctement, car aucun domaine n’est adapté à leur handicap. Peu de personnes ne parlent la langue des signes. Peu de sourds peuvent obtenir un diplôme.

Comment la société et le gouvernement peuvent-ils résoudre ce problème ? Vaut-il mieux créer des centres spéciaux ou adapter les services de notre société ?

Si vous saviez l’énergie que ça demande de développer le projet au niveau régional… En fait, normalement, il existe en France une loi adoptée par Chirac en 2005 où il est écrit que tous les services de société doivent être accessibles à toutes les formes de handicap. Mais ce n’est pas du tout le cas. Notre espoir, c’est la sensibilité des gens sur le sujet. Le meilleur entre les centres spéciaux et l’adaptation, il n’y a pas de réponse. Les deux sont compliqués et ont des désavantages.

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