Le journal: Que sont-ils Devenus ?

JSL2013

Marion Poulin (intermédiatrice), Aurélie Biondi (interprète) et le Dr Frédéric Milesi, mercredi lors d’une permanence au centre hospitalier William-Morey de Chalon. Photo F. P.

Les sourds, patients ordinaires.

Il y a 15 mois naissait le Réseau sourds santé Bourgogne qui permet aux déficients auditifs d’accéder aux soins. Une réussite.

Cent soixante personnes sourdes orientées vers 80 professionnels de santé, 1 200 appels reçus, 75 vidéos de prévention vues plus de 13 000 fois, 13 conventions de fonctionnement signées avec les établissements hospitaliers de la région… Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 15 mois, le Réseau sourds santé Bourgogne a fait la démonstration de son efficacité.

Au départ de l’initiative, un constat : difficile voire impossible pour un sourd de prendre rendez-vous chez un spécialiste. Du coup, « ces gens attendaient d’être au pied du mur pour consulter », se souvient le Dr Frédéric Milesi, médecin dijonnais pratiquant la langue des signes (lire les éditions du 20 mars 2012 et 4 novembre 2011). Soutenu par des associations et l’Agence régionale de santé, le praticien lance l’idée d’une plateforme internet pour orienter les déficients auditifs sur toutes les questions relatives à leur santé.

Des appels de l’étranger

Aujourd’hui, le réseau est bien identifié. À tel point que « les vidéos circulent sur les réseaux sociaux et qu’on reçoit même des appels de l’étranger », s’enthousiasme le Dr Milesi. Qui s’amuse d’apprendre que les petits films réalisés par l’équipe sur le diabète, les infections sexuellement transmissibles ou encore le cancer sont utilisées par des gens qui apprennent la langue des signes ! Mercredi, c’est à la permanence accueillie par l’hôpital de Chalon que le médecin reçoit les patients. Une quarantaine depuis mars 2012. Marion Poulin, intermédiatrice, elle-même sourde, propose un dialogue simple et met les patients en confiance. À ses côtés, Aurélie Biondi, interprète, traduit en langue des signes française les explications du médecin. Lui-même capable de signer, il pourrait faire sans. Mais « tout me prendrait deux fois plus de temps et serait moins précis. Là, je mène une consultation classique au même rythme que pour les autres ».

Bientôt une aide sociale ?

Dans les lumineuses salles médicales du centre hospitalier William-Morey, les patients viennent pour « lever leurs angoisses, faire le bilan médical qu’ils n’ont jamais fait car tout est compliqué quand on est sourd, parler de soucis dont ils n’ont jamais parlé auparavant », détaille le Dr Milesi. Des permanences rendues possibles par les conventions signées entre les sites et le Réseau (1). Les accords se multiplient car tous les acteurs ont compris l’intérêt d’une équipe ressource pour la prise en charge des sourds. Historiquement basé à Dijon, bien implanté aujourd’hui en Saône-et-Loire, le Réseau travaille à étendre sa présence sur l’Yonne et la Nièvre. Dans les cartons du Dr Milesi, encore beaucoup de projets, dont la mise en place d’une aide sociale pour les sourds. « La complexité des procédures administratives justifie une prise en charge », estime le spécialiste. Ce serait alors le Département qui pourrait concrétiser ce projet.

(1) Sont conventionnés les centres hospitaliers de Chalon, Mâcon, Nevers, tous les centres hospitaliers et cliniques de Dijon, le centre hospitalier spécialisé de Sevrey, les cliniques Sainte-Marie, Val de Seille et de Châtenoy-le-Royal.